Jusqu’à la mer

 

Daphné Vanel

 

À paraître le 11 janvier 2023


Le livre de Daphné Vanel ne se raconte pas. Il se savoure.
On ne peut que se laisser embarquer dans les pas de ce jeune homme qui déambule dans un monde semblable au nôtre et pourtant subtilement différent. D’où lui vient cet étrange détachement qui le fait affronter sans broncher les situations les plus impré-vues et les personnages les plus inattendus ? Chaque chapitre est une surprise, chaque rencontre un étonne-ment. Avec sa phrase toujours juste et terriblement effi-cace, Daphné Vanel nous offre un texte remarquable où chaque trouvaille est un enchantement.
Cette jeune écrivaine va compter.

Jusqu’à la mer est le premier roman de Daphné Vanel

.

Extrait

J’étais dans un champ, aux abords de Kneuk. Kneuk-sur-Mer. Je dormais dans l’herbe, à côté de ma voiture. Un véhicule de police a dû me voir de la route parce qu’ils se sont arrêtés pour me demander ce que je faisais là. Je ne les ai pas entendus se garer.
— Monsieur ?
Je me suis redressé d’un coup. Le sommeil est différent quand on dort dehors. Plus léger, poreux. Un insecte s’était glissé dans l’ourlet de mon pantalon. Il s’est échappé quand je me suis assis et s’est perdu dans l’herbe.
Un policier se tenait devant moi et un autre était resté der-rière dans la voiture. Je le voyais s’affairer à quelque chose derrière le pare-brise.
— Monsieur ?
Il voulait savoir ce que je fabriquais ici. Je lui ai dit que je n’aimais pas les hôtels. Surtout près de la mer. Il y a tou-jours quelque chose d’un peu vermoulu dans l’air.
Il m’a demandé ce que j’allais faire à Kneuk.
— Je dois récupérer un papier.
— Un papier ?
— Un document. Administratif.
Il m’a regardé d’un peu plus près et puis il m’a demandé mes papiers et ceux du véhicule.
J’ai allumé l’autoradio. Une voix monotone énumérait une liste d’effets secondaires : « états de rêverie profonde, dé-jà-vu intenses, souvenirs inconnus, sentiment d’inexacti-tude général… ». L’annonce se terminait par la mention : « Ni crédit, ni remboursement. »
J’ai éteint la radio.
Le policier m’a dit qu’il devait aller s’entretenir avec son collègue et m’a fait signe de rester où j’étais. Je lui ai dit que je devais aller pisser.
Il y avait un cours d’eau un peu plus bas.
Si l’occasion se présente, il est toujours capital de se soula-ger dans une étendue d’eau.
Sur la rive, j’ai remarqué une couverture posée par terre avec les restes d’un pique-nique dessus. Du pain, du fromage, des fruits et une substance molle et froide dans une boîte en plastique. Tout était intact. J’ai regardé aux alen-tours mais je n’ai vu personne. Le ruisseau glougloutait gentiment entre les cailloux. J’avais faim, alors j’ai pris un bout de pain et du fromage et je suis resté debout à masti-quer devant l’eau. Ça n’avait pas trop de goût. J’ai regardé à nouveau les aliments sur la couverture, ils paraissaient un peu étranges, artificiels, posés là intacts comme ça. Ça m’a rappelé la dînette de Rita. J’ai pris un fruit qui n’avait pas de goût non plus et la chair cotonneuse m’est restée sur la langue.
En remontant vers la voiture, une bribe d’un rêve m’est revenue. Une impression, sans contours précis. Quelque chose de long et d’étroit et d’un peu triste, qui s’est tor-tillé un instant à la lisière de mon esprit puis s’est estompé rapidement, de la petite mort glissante des rêves et n’est plus revenu.
J’ai regardé ma montre. 6 h 51. Cette montre affichait toujours des minutes impaires. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’avais vu une minute paire. Je devrais la changer.

En librairie dès le 11 janvier 2023

Autres livres

chez Mialet-Barrault

  • En librairie dès le 26 mars 2025.


    Dany Cohn-Bendit raconte à lui seul une histoire de la France, une histoire de l’Allemagne, une histoire de l’Europe. Depuis le temps qu’on l’entend commenter, s’indigner, applaudir, conseiller, parler à l’oreille des puissants et débattre avec tout le monde, on croit tout connaître de lui. Mais que sait-on du regard qu’il porte sur lui-même ?


    Pour la première fois, il se confie sur l’histoire de ses parents, émigrés juifs allemands à l’origine de son identité nomade, sur son statut d’icône de Mai 68 dont il a joui autant que souffert, sur son rôle dans les expérimentations de la nouvelle société allemande et dans l’évolution des Verts, sur ses vingt ans de combat...


    Avec Marion Van Renterghem

    Rentrée littéraire 2024
  • En librairie dès le 15 janvier 2025.

    Lorsqu’en novembre 1924, la colère explose dans le port de Douarnenez, Louise, la Républicaine à la voix prodigieuse, est l’une des meneuses qui vont entraîner 3 000 ouvrières des sardineries dans ce qui restera la plus grande grève féministe du XXe siècle. Parmi elles, Rose, une jeune paysanne catholique. Contre les cadences infernales, les salaires de misère, les enfants exploités, le combat est juste. Pour obtenir ce franc de l’heure tant espéré, ces femmes dociles et résignées vont se révéler capables de toutes les audaces. Louise et Rose, entraînées dans ce vertige libérateur, vont même oser s’aimer...
    Rentrée littéraire 2024
  • À paraître le 12 avril 2023.
    Les marranes sont les Juifs d’Espagne et du Portugal qui, au XVIe siècle, se sont convertis au catholicisme tout en continuant à pratiquer leur religion en secret. 
    Pour rendre compte de ce temps, Michèle Sarde a choisi de mettre en scène Doña Gracia, une femme étonnante qui joua un rôle considérable à cette époque troublée.  Issue d'une riche famille de marranes, elle fut amenée très jeune à diriger la « banque » Mendes, rivale de celle des Médicis. Rois et princes empruntèrent sans relâche à la riche banquière en la menaçant sans scrupules de la livrer aux inquisiteurs. Avec une audace rare et une intelligence aigüe, Doña Gracia ne cessa de jouer avec le feu. Disséminés dans toutes les villes mar-chandes d’Europe, ses agents commerçaient activement et servaient de relais aux marranes en fuite. Le jour où le danger devint trop pressant et quand Charles Quint vou-lut la déposséder de sa fortune, elle décida de fuir Anvers. Alors commença un extraordinaire périple qui la conduisit jusqu’à Istanbul, où Soliman le Magnifique l'accueillit et la protégea. De la Corne d'or, elle osa boycotter le port d'Ancone, fief des États pontificaux, coupables d'avoir condamné les Juifs au bûcher.

    Rentrée littéraire 2024
  • Femme comblée dans votre vie professionnelle, comment pourriez-vous concevoir que l’enfant que vous aimez par-dessus tout, cette fille unique que vous chérissez de toute votre âme, a pu disparaître de votre vie du jour au lendemain sans plus jamais vous donner signe de vie ? Jamais vous ne voudrez croire qu’elle s’est convertie à l’Islam...

    Rentrée littéraire 2024