Sommes-nous devenus des criminels ? Vie du maréchal Paulus
Lionel Duroy
En librairie le 13 mars 2024
SServir et obéir. C’est ainsi que les militaires légitiment le droit de tuer impunément. Mais doit-on obéir quand l’ordre reçu est immoral ? Aujourd’hui, les généraux russes sont confrontés à ce dilemme. Doivent-ils continuer d’obéir à Poutine ? Cette interrogation a conduit Lionel Duroy à s’intéresser au destin du maréchal Friedrich Paulus, commandant de la VIe armée allemande à Stalingrad et, à ce titre, comptable de la mort de milliers d’hommes. Pourquoi a-t-il continué d’obéir à Hitler, pour lequel il n’avait plus aucun respect, avant d’appeler à le renverser ? Lionel Duroy s’est glissé dans sa tête pour raconter son histoire.


Lionel Duroy
est l’auteur de plus d’une vingtaine de romans, dont Le Chagrin (prix François-Mauriac, prix Marcel-Pagnol), L’Hiver des hommes (prix Renaudot des lycéens et prix Joseph-Kessel) et Eugenia (prix Anaïs-Nin).
photo © DR
Extrait
Puisqu’il nous est interdit de capituler, les combats se poursuivent – les Russes progressent et nos soldats continuent à mourir. Le périmètre de la marmite se réduit encore au fil des jours et de nos défaites. Le 24 janvier, des chars soviétiques surgissent sur le terrain d’aviation de Gumrak et nous déménageons précipitamment mon poste de commandement pour l’installer sur la place Rouge, au centre de la ville, au milieu des ruines.
À partir de cette date, le ravitaillement est exclusivement assuré par des parachutages puisque nous n’avons plus aucune piste d’atterrissage. Une grande partie des containers tombe aux mains de l’ennemi et ceux que nous récupérons ne représentent rien au regard de nos besoins. Sur les trois cent trente mille hommes dont j’ai pris le commandement une année plus tôt, en janvier 1942, je peux écrire aujourd’hui, grâce aux données dont je dispose, que seulement quatre-vingt-dix mille demeurent vivants (dont à peu près vingt mille sont blessés). Or, nous n’avons plus rien pour nourrir ces hommes.
La fin du pont aérien, si insuffisant et périlleux ait-il été, signifie aussi la fin de l’évacuation des blessés. Nous les avons regroupés tant bien que mal dans nos postes de secours et dans les caves de la ville où ils sont entassés dans des conditions abominables. Nous n’avons plus ni pansements ni médicaments, plus de bois pour faire du feu – les blessés meurent, abandonnés à leurs souffrances, sans soins ni nourriture.
Et dans l’incapacité où nous nous trouvons désormais d’enterrer nos morts – le sol est gelé et les hommes trop faibles pour le creuser – nous les entassons à l’extérieur. Témoin de cette inhumanité devenue notre quotidien, Heinrich Gerlach écrira à cet égard ces quelques lignes qui me ramèneront au plus noir de l’enfer quand je lirai le manuscrit de son roman en captivité : « Une montagne de morts soigneusement empilés les uns sur les autres s’élève contre un mur. Ils ne sont vêtus que d’une chemise et d’un caleçon, certains même sont complètement nus. Les corps jaune verdâtre, entièrement gelés, sont mouchetés de taches de sang marron. Sur les visages, une expression figée d’agonie ou d’apathie.
On est justement en train de décharger une nouvelle fournée de cadavres. Des soldats sont occupés à les déshabiller et à trier les pièces d’uniformes et d’équipement. L’un d’eux est agenouillé et tient à deux mains une tête qui n’est plus qu’un front avec, en dessous, une masse de chair rougeâtre, pendant qu’un autre essaie d’arracher au mort une de ses bottes de feutre. »
Le 26 janvier, des colonnes russes pénètrent à l’intérieur de la marmite et coupent en deux les restes de la VIe armée. Nous avions prévu cette éventualité, aussi le général Karl Strecker prend-il le commandement des unités assiégées au nord, comme convenu, tandis que je conserve l’autorité sur celles stationnées au sud. Le front est maintenant si proche que la terre tremble sous nos pas nuit et jour. Ce jour-là, l’un de mes officiers d’état-major, le colonel Adam, et moi-même sommes d’ailleurs superficiellement blessés par des éclats d’obus.
Ce même 26 janvier, je reçois la visite du général von Seydlitz à mon poste de commandement. Il évoque une nouvelle fois la question de notre reddition et je ne peux que lui rappeler les termes du dernier télégramme de l’état-major général, cosigné par Hitler : « Capitulation exclue ».
En librairie le 13 mars 2024
Autres livres
chez Mialet-Barrault
Au cœur de Casablanca, réunis au Café de l’Univers, quelques amis de longue date conviennent de raconter chacun, à tour de rôle, une histoire remarquable puis d’en tirer une morale, une leçon ou même plusieurs. Vous apprendrez comment des femmes décidées peuvent, en moins de trente jours, se trouver le mari qu’elles ont choisi ; vous ferez la connaissance de l’homme qui possède la paire de gants la plus chère du monde ; vous verrez comment le destin d’une femme a pu basculer en prenant un rond-point à l’envers, et vous découvrirez comment une vie peut changer du tout pour une simple discussion sur un trottoir de Casablanca entre un directeur d’école et un parent d’élève.
La vie est ironique. À quoi sert de gagner au loto quand on vous apprend que vous êtes atteinte d’une leucémie ? Née dans une petite ville industrielle que la crise a dévastée mais qu’une bande de citadins chics s’est mis en tête de coloniser, Mado voit son univers s’effondrer. Une greffe osseuse peut la sauver. Sauf que le seul donneur compatible est son frère aîné, Léon, à qui elle ne parle plus depuis longtemps. Avec intelligence, courage et détermination, Mado démontre magnifiquement que la vie est un combat que certains savent ne pas perdre.
Silencieux et docile, Marcel n’a jamais eu, de toute sa vie, d’autres horizons que les murs de son usine. L’usine est assassine. Elle brutalise, humilie, écrase, dégrade, mutile. Dans ce roman singulier, à la fois cruel et tendre, Arthur Nesnidal utilise tous les styles d’écriture, de la prose au calligramme en passant par les formes les plus diverses de l’expression poétique et théâtrale pour expri-mer la solitude effrayante à laquelle sont condamnés cer-tains de nos contemporains.
Les divorce hotels promettent de divorcer en un week-end, sans tracas ni démarches interminables, dans un souci de médiation, de bonne humeur, et même de bien-être. L’Hôtel du bord des larmes est l’un de ces hôtels. En ce vendredi de début d’été, il accueille Cécile et François, désolés d’en arriver là, pas très convaincus par l’idée, mais bien décidés à rompre ce mariage tout en préservant leur fille : ce que l’amour a fait mourir, la famille qu’ils étaient les oblige à le laisser en vie. Au cours de ces deux jours, ils vont revivre les émotions qui les ont unis puis séparés, accepter de prendre leurs distances… et faire de nouvelles rencontres. Et ça, ce n’était pas prévu.



