Sois clément, bel animal

Benjamin Planchon

En librairie le 23 août 2023

Son premier roman a été un tel naufrage que Benoît peine à y croire lorsqu’on lui annonce que Yanis Saint-Saëns, réalisateur multiprimé, compte porter son livre à l’écran et lui confier le premier rôle. Est-ce un canular ? Un guet-apens ? Mais le jeune écrivain tombe immédiatement sous le charme du cinéaste, un homme brillant, cruel et fantasque. Benoît se laissera happer par tous les mirages, acceptera un scénario dénaturant totalement son histoire et suivra Yanis dans l’enfer d’un tournage cauchemardesque. Ébloui, essoré, il traversera le cataclysme en funambule, au risque de perdre définitivement contact avec la réalité et de disparaître dans la ronde des simulacres.

Sois clément, bel animal

BenjaminPlanchon

En librairie le 23 août 2023

Son premier roman a été un tel naufrage que Benoît peine à y croire lorsqu’on lui annonce que Yanis Saint-Saëns, réalisateur multiprimé, compte porter son livre à l’écran et lui confier le premier rôle. Est-ce un canular ? Un guet-apens ? Mais le jeune écrivain tombe immédiatement sous le charme du cinéaste, un homme brillant, cruel et fantasque. Benoît se laissera happer par tous les mirages, acceptera un scénario dénaturant totalement son histoire et suivra Yanis dans l’enfer d’un tournage cauchemardesque. Ébloui, essoré, il traversera le cataclysme en funambule, au risque de perdre définitivement contact avec la réalité et de disparaître dans la ronde des simulacres.

photo Benjamin Planchon

Après Le Domaine des douves (2022), Sois clément, bel animal est le deuxième roman de Benjamin Planchon.

Extrait

Je suis bourgeois. Tout en moi l’est. Mes manières et mes aspirations sont bourgeoises, et avec elles mes peurs, ma sensibilité, mes centres d’intérêt. Ma voix est bourgeoise, comme ma démarche et mon alimentation. Mes pensées les plus secrètes le sont tout autant ; même mes rêves sont ceux d’un bourgeois. Je ris, je mens, je souffre et j’aime en bourgeois. Rien n’y échappe. Enfant, déjà, j’étais bourgeois. J’écarquillais mes grands yeux bourgeois en
contemplant les nuages qui, du seul fait d’être regardés par moi, devenaient bourgeois. Ce que je mange est transformé automatiquement en nourriture bourgeoise et n’importe quelle musique, une fois arrivée à mes oreilles, devient bourgeoise. J’embourgeoise tout ce qui me touche. Parions que j’étais un fœtus bourgeois, niché dans son domaine, et que mon premier cri s’explique par le fait que ma naissance fut une expropriation ; la section du cordon ombilical, une perte de capital. Je suis sans aucun doute issu d’un spermatozoïde bourgeois et d’un ovule bourgeois. Évidemment, je descends en ligne directe d’une amibe bourgeoise qui, à l’ère précambrienne, plus de trois milliards d’années avant la création des hedge funds, fit fructifier son capital génétique en accédant au stade pluricellulaire.
Depuis le sixième étage d’un superbe immeuble haussmannien, niché à la cime de la Bourgeoisie, je contemple le Quartier latin, ses marchands de thé, ses galeristes, ses passants pressés et élégants. Une fourmilière quatre étoiles. Ce monde n’est pas tout à fait le mien, mais il me reconnaît comme l’un de ses enfants.
— Considérez cela comme un acte de purification, me dit Malo en me servant un verre de rhum brun. Considérez cela comme une cérémonie de passage.
Un soleil bas caresse les tapisseries gothiques qui couvrent les murs de son bureau. La décoration de la pièce est de grand goût, quoiqu’un peu désuète, avec ses meubles en bois de chêne et ses épais abat-jour. Un bureau d’éditeur, imposant, à l’ancienne, qui sent le cuivre lustré et un peu la poussière. Entre les bouquins et les manuscrits, j’aperçois des piles de Sudoku inachevés. Malo m’a fait venir pour, a-t-il dit, m’annoncer une « nouvelle génialissime ». Il n’est pourtant pas du genre à s’enthousiasmer. Il me tape sur l’épaule en poussant un petit grognement qui est sûrement un rire et me tend le verre de rhum.
— C’est que je déteste boire le matin, lui mens-je.
— Il va falloir vous défaire de ce que vous croyez être, Benoît, dit Malo en se servant à son tour un verre généreux.
Ses yeux se plissent d’une drôle de manière. Je ne lui connaissais pas cet air gourmand, presque enfantin. Malo Barillet, éditeur de prestige depuis quarante ans, chevalier des Arts et des Lettres, immense professionnel respecté de tous et revenu de tout, mémoire vivante de la littérature française, conseiller de Deleuze, exégète de Barthes, jadis proche de Gracq et de Dolto, soutien de Koltès et ami de Daoud, ce même Malo Barillet a l’air d’un gamin impatient. Mimant un pas de danse sur son tapis persan, l’œil rieur, il attend que j’accepte son offre alcoolisée. Il me propose un pacte. Sans surprise, je finis par empoigner le verre qu’il me tend.
— Je veux bien vous suivre, lui dis-je, mais uniquement pour ne pas vous laisser boire seul.
C’est la charité qui m’anime.
— Vous avez tellement de bonté en vous. Vous êtes un saint, dit Malo en lapant déjà quelques petites gorgées d’alcool.
— Sûrement, dis-je. Mais à partir de maintenant, vous êtes responsable de tout ce que je pourrais faire. De toutes mes folies.
— Ne l’ai-je pas toujours été ?
Un petit rire secoue l’éditeur. Il ne m’a visiblement pas attendu pour trinquer. Son légendaire catogan gris clair danse dans sa nuque, tandis que sa bouche se tord d’un sourire. Je remarque la longueur exceptionnelle de ses canines.
— Le film se fait, Benoît. Voilà ce que nous fêtons. Voilà pourquoi nous buvons. Les négociations ont abouti hier, dans la nuit. La production a tout validé. Yanis a signé.

Extrait

Je suis bourgeois. Tout en moi l’est. Mes manières et mes aspirations sont bourgeoises, et avec elles mes peurs, ma sensibilité, mes centres d’intérêt. Ma voix est bourgeoise, comme ma démarche et mon alimentation. Mes pensées les plus secrètes le sont tout autant ; même mes rêves sont ceux d’un bourgeois. Je ris, je mens, je souffre et j’aime en bourgeois. Rien n’y échappe. Enfant, déjà, j’étais bourgeois. J’écarquillais mes grands yeux bourgeois en
contemplant les nuages qui, du seul fait d’être regardés par moi, devenaient bourgeois. Ce que je mange est transformé automatiquement en nourriture bourgeoise et n’importe quelle musique, une fois arrivée à mes oreilles, devient bourgeoise. J’embourgeoise tout ce qui me touche. Parions que j’étais un fœtus bourgeois, niché dans son domaine, et que mon premier cri s’explique par le fait que ma naissance fut une expropriation ; la section du cordon ombilical, une perte de capital. Je suis sans aucun doute issu d’un spermatozoïde bourgeois et d’un ovule bourgeois. Évidemment, je descends en ligne directe d’une amibe bourgeoise qui, à l’ère précambrienne, plus de trois milliards d’années avant la création des hedge funds, fit fructifier son capital génétique en accédant au stade pluricellulaire.
Depuis le sixième étage d’un superbe immeuble haussmannien, niché à la cime de la Bourgeoisie, je contemple le Quartier latin, ses marchands de thé, ses galeristes, ses passants pressés et élégants. Une fourmilière quatre étoiles. Ce monde n’est pas tout à fait le mien, mais il me reconnaît comme l’un de ses enfants.
— Considérez cela comme un acte de purification, me dit Malo en me servant un verre de rhum brun. Considérez cela comme une cérémonie de passage.
Un soleil bas caresse les tapisseries gothiques qui couvrent les murs de son bureau. La décoration de la pièce est de grand goût, quoiqu’un peu désuète, avec ses meubles en bois de chêne et ses épais abat-jour. Un bureau d’éditeur, imposant, à l’ancienne, qui sent le cuivre lustré et un peu la poussière. Entre les bouquins et les manuscrits, j’aperçois des piles de Sudoku inachevés. Malo m’a fait venir pour, a-t-il dit, m’annoncer une « nouvelle génialissime ». Il n’est pourtant pas du genre à s’enthousiasmer. Il me tape sur l’épaule en poussant un petit grognement qui est sûrement un rire et me tend le verre de rhum.
— C’est que je déteste boire le matin, lui mens-je.
— Il va falloir vous défaire de ce que vous croyez être, Benoît, dit Malo en se servant à son tour un verre généreux.
Ses yeux se plissent d’une drôle de manière. Je ne lui connaissais pas cet air gourmand, presque enfantin. Malo Barillet, éditeur de prestige depuis quarante ans, chevalier des Arts et des Lettres, immense professionnel respecté de tous et revenu de tout, mémoire vivante de la littérature française, conseiller de Deleuze, exégète de Barthes, jadis proche de Gracq et de Dolto, soutien de Koltès et ami de Daoud, ce même Malo Barillet a l’air d’un gamin impatient. Mimant un pas de danse sur son tapis persan, l’œil rieur, il attend que j’accepte son offre alcoolisée. Il me propose un pacte. Sans surprise, je finis par empoigner le verre qu’il me tend.
— Je veux bien vous suivre, lui dis-je, mais uniquement pour ne pas vous laisser boire seul.
C’est la charité qui m’anime.
— Vous avez tellement de bonté en vous. Vous êtes un saint, dit Malo en lapant déjà quelques petites gorgées d’alcool.
— Sûrement, dis-je. Mais à partir de maintenant, vous êtes responsable de tout ce que je pourrais faire. De toutes mes folies.
— Ne l’ai-je pas toujours été ?
Un petit rire secoue l’éditeur. Il ne m’a visiblement pas attendu pour trinquer. Son légendaire catogan gris clair danse dans sa nuque, tandis que sa bouche se tord d’un sourire. Je remarque la longueur exceptionnelle de ses canines.
— Le film se fait, Benoît. Voilà ce que nous fêtons. Voilà pourquoi nous buvons. Les négociations ont abouti hier, dans la nuit. La production a tout validé. Yanis a signé.

photo Benjamin Planchon

Après Le Domaine des douves (2022), Sois clément, bel animal est le deuxième roman de Benjamin Planchon.

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